RÉSIDENCE DE CRÉATION FEVRIER-JUIN 2018

du 6 au 29 juillet 2018 à 11h10, théâtre des corps saints, festival Avignon 2018
du 3 au 7 août 2018 à 21h15, festival au musée en plein air, Mas Daudet de Saint-Alban-Auriolles
le vendredi 16 novembre 2018 à 20h30 à l’espace culturel Larreko de Saint Pée sur Nivelle

mise en scène Gilles Droulez scénographie, costumes..., régie Davy Dedienne
avec Anthony Candellier, Fanny Corbasson, Gilles Droulez, Pauline Tanca, François Tantot


Arnolphe est un homme d’âge mûr qui aimerait jouir du bonheur conjugal, mais il est hanté par la crainte d’être trompé par une femme. Aussi a-t-il décidé d’épouser sa pupille Agnès, élevée dans l’ignorance, recluse dans un couvent.

David Hickey
INTENTION de MISE EN SCÈNE - SCENOGRAPHIE
Point de départ, nous retrouvons Horace, accompagné d’un couple improbable (Alain et Georgette), en chanteurs de rue. Nous pouvons imaginer à partir de ce moment-là, la déchéance d’Horace suite à son aventure avec Agnès, la chute ou peut-être la mort d’Arnolphe. Donc nous commencerons ce spectacle en chanson. Chanson qui va retracer et nous replonger dans l’histoire d’Arnolphe et de sa pupille Agnès, tel un flash-back, à travers la première scène interprétée par nos 3 protagonistes qui vont se mettre dans la peau de Crysalde et Arnolphe...
La scénographie sera épurée et sera faite d’éléments modulables qui tour à tour seront une porte, un fond de scène, des assises, un balcon. Ces éléments disposés en demi cercle tel un cirque pour donner vie à cette farce sur la possession, la jalousie et la place réduite de la femme dans la société qui sera symbolisée par l’enfermement d’Agnès dans une cage, tel un oiseau qui accepte docilement son état de fait avec foi et naïveté. Etat qui sera modifié par la venue d’Horace, la porte alors s’entrouvrira....

UNE ECOLE POUR LES FEMMES?
Monter l’école des femmes en 2018 peut apparaître comme une gageure tant cette pièce depuis sa création en 1662 a fait l’objet non seulement d’interprétations emblématiques, mais aussi de polémiques fondatrices de l’oeuvre et de l’oeuvre de Molière en général. Molière lui même fût contraint quelques mois après la première représentation de « l’école des femmes » de sortir de sa plume « une critique de l’école des femmes » tant sa pièce était dérangeante tant par son contenu que dans sa forme. La cour dont faisait parti un bon nombre de bourgeois convertis à l’aristocratie fut choquée par cette rupture avec les conventions sociétales et théâtrales. Même si au prime abord le sujet n’est pas politique, la pièce dépeint une bourgeoisie avide de titres et de pouvoirs ainsi qu’une condition de la femme déplorable. Molière réinvente un genre en amenant la comédie vers la farce et inversement tout en respectant une versication qu’il va lui-même casser en employant ponctuellement la prose : La lettre d’Agnès est notamment un grand moment de prose candide faisant des conventions théâtrales et morales de l’époque. C’est donc un texte politique que l’on aborde ici avec la naïveté d’une Agnès devant son livre de prière. C’est un texte que les comédiens doivent prendre à bras le corps, sans compromission de gestes et en respectant un langage simple quoiqu’érudit.

Les comédiens respecterons à la fois le verbe et l’émotion qui en découle ou qui est directement exprimée par les mots. Nul besoin d’artifices pour faire ressortir l’actualité de se texte; dans une scénographie sobre et ingénieuse composée d’un plancher sur roulettes entouré de deux portes et d’une cage (d’oiseau) ainsi que d’un escalier amovible, les comédiens donneront au texte du 17ème le crédit de sa modernité troublante. La jeunesse même de la comédienne interprétant Agnès contrastera avec la rugosité d’un Arnolphe criant de vérité dans sa possessivité maladive. L’école des femmes, c’est avant tout une école pour les hommes. C’est un texte qui parle d’amour, de comment on aime, comment on peut être aimé et comment on peut se leurrer sur ce qu’on croit être amour et qui n’est en fait que possession. Dans notre monde mercantile, même aujourd’hui en 2017 on ne peut toujours pas acheter l’amour ni contraindre par des prisons virtuelles des êtres à l’emprisonnement intellectuel. La révolte ne sera certainement pas armée... si ce n’est d’idées, de mots, et de cris... de joie... ou de colère.
Gilles Droulez, François Tantot

Extrait
Bien qu’on soit deux moitiés de la société,
Ces deux moitiés pourtant n’ont point d’égalité :
L’une est moitié suprême et l’autre subalterne ;
L’une en tout est soumise à l’autre qui gouverne ;
...

Mais s’il faut qu’à l’honneur elle fasse un faux bond,
Elle deviendra lors noire comme un charbon ;
Vous paraîtrez à tous un objet effroyable,
Et vous irez un jour, vrai partage du diable,
Bouillir dans les enfer à toute éternité :
Dont vous veuille garder la céleste bonté !


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