Une école pour les femmes?

Monter l’école des femmes en 2018 peut apparaître comme une gageure tant cette pièce depuis sa création en 1662 a fait l’objet non seulement d’interprétations emblé- matiques, mais aussi de polémiques fondatrices de l’oeuvre et de l’oeuvre de Molière en général. Molière lui même fût contraint quelques mois après la première représentation de « l’école des femmes » de sortir de sa plume « une critique de l’école des femmes » tant sa pièce était dérangeante tant par son contenu que dans sa forme. La cour dont faisait parti un bon nombre de bourgeois convertis à l’aristocratie fut choquée par cette rupture avec les conventions sociétales et théâtrales. Même si au prime abord le sujet n’est pas politique, la pièce dépeint une bourgeoisie avide de titres et de pouvoirs ainsi qu’une condition de la femme déplorable. Molière réinvente un genre en amenant la comédie vers la farce et inversement tout en respectant une versi cation qu’il va lui-même cas- ser en employant ponctuellement la prose : La lettre d’Agnès est notamment un grand moment de prose candide faisant des conventions théâtrales et morales de l’époque. C’est donc un texte politique que l’on aborde ici avec la naïveté d’une Agnès devant son livre de prière. C’est un texte que les comédiens doivent prendre à bras le corps, sans compromission de gestes et en respectant un langage simple quoiqu’érudit.

Les comédiens respecterons à la fois le verbe et l’émotion qui en découle ou qui est directement exprimée par les mots. Nul besoin d’arti ces pour faire ressortir l’actualité de se texte; dans une scénographie sobre et ingénieuse composée d’un plancher sur rou- lettes entouré de deux portes et d’une grille ainsi que d’un escalier amovible, les comé- diens donneront au texte du 17ème le crédit de sa modernité troublante. La jeunesse même de la comédienne interprétant Agnès contrastera avec la rugosité d’un Arnolphe criant de vérité dans sa possessivité maladive. L’école des femmes, c’est avant tout une école pour les hommes. C’est un texte qui parle d’amour, de comment on aime, comment on peut être aimé et comment on peut se leurrer sur ce qu’on croit être amour et qui n’est en fait que possession. Dans notre monde mercantile, même aujourd’hui en 2017 on ne peut toujours pas acheter l’amour ni contraindre par des prisons virtuelles des êtres à l’emprisonnement intellectuel. La révolte ne sera certainement pas armée... si ce n’est d’idées, de mots, et de cris... de joie... ou de colère.

Gilles Droulez, François Tantot

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L’ÉCOLE DES FEMMES